Vers francais sur la mort d'un petit chat, Du Bellay, 1558
CLOSE WINDOW
| Maintenant le vivre me fâche Et afin, Magni, que tu sache Pourquoi je suis tant éperdu Ce n'est pas pour avoir perdu Mes anneaux, mon argent, ma bourse. Et pour quoi est-ce donques ? Pour ce Que j'ai perdu depuis trois jours Mon bien, mon plaisir, mes amours. Et quoi ? O souvenance greve A peu que le coeur ne me creve Quand j'en parle, ou quand j'en écris C'est Belaud mon petit chat gris, Belaud qui fut aventure Le plus bel oeuvre que nature Fit onc en matière de chat C'était Belaud, la mort aux rats Belaud, dont la beauté fut telle Qu'elle est digne d'être immortelle Doncques Belaud premièrement Ne fut pas gris entièrement Ni tel qu'en France on les voit naître, Mais tel quà Rome on les voit être Couvert de poil gris argentin, Ras et poli comme satin, Couché par onde sur l'échine Et blanc deffout comme une ermine. Petit museau, petites dents Yeux qui n'étaient point trop ardents; | Mais desquels la prunelle perse Imitait la couleur diverse Qu'on le voit en cet arc pluvieux Qui se courbe au travers des cieux. La tête à la taille pareille Le cou grasset, courte l'oreille Et dessous un nes ébenin En petit muffle lionin, Autour duquel était plantée Une barbelette argentée. Aunant d'un petit poil folet Son musequin damoiselet. Jambe gresle, petite patte, Plus q'une mouffle délicate Sinon à lors qu'il degainoit Cela dont il égratignoit. La gorge douillette et mignone, La queue, longue à la guenonne, Mouchetée diversement, D'un naturel bigarrement. Le flanc haussé, le ventre large, Bien retroussé dessous sa charge, Et le dos moiennement long, Vrai Sourian s'il en fut onq'. Tel fut Belaud, la gente bête, Qui des pieds jusques à la tête De telle beauté fut pourveu... |